Tortues à l’infini – John Green

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J’aime beaucoup cet auteur, la manière dont il met en scène, avec beaucoup de justesse et de sensibilité, des adolescents brillants et souvent tourmentés, montrant bien qu’une haute intelligence n’est pas la garantie d’une vie sans heurts, bien au contraire.

Ce dernier roman est très particulier. Si l’on retrouve la patte de l’auteur, dans une histoire agréable à suivre, l’essence du roman est bien dans son message. L’héroïne souffre de troubles anxieux s’exprimant par un trouble obsessionnel compulsif (une plaie qu’elle s’auto-entretient dans un stress hypocondriaque incessant) : l’écho avoué des troubles dont souffre l’auteur.

Cette mise en scène d’un trouble anxieux grave est ainsi d’une grande qualité. La dualité permanente des pensées de la jeune fille, pensées anxieuses, morbides et pulsions auto-destructives d’une part et logique scientifique limpide d’autre part, est la base du roman. L’auteur montre avec beaucoup d’habilité et d’émotion la souffrance constante engendrée par cet état de fait : bien que consciente de l’absurdité des spirales de ses pensées anxieuses, qui la poussent à s’auto-mutiler dans une frénésie de phobie microbienne, bien que parfaitement informée d’un point de vue purement scientifique, l’héroïne ne PEUT PAS juguler ces pensées et ces pulsions.

Ce message me paraît fondamental. L’entourage des personnes anxieuses, même le plus bienveillant, ne comprend pas toujours me semble-t-il, que savoir n’est pas ressentir, que comprendre n’est pas pouvoir.

Une aide professionnelle ainsi parfois nécessaire, quand l’anxiété n’est plus latente mais bien une maladie. Une aide via une thérapie mais aussi parfois via des médicaments. Dans le roman l’héroïne ne vit pas bien cette obligation médicamenteuse et « oublie » souvent de prendre son traitement – signe de l’importance du dialogue entre les deux parties, le traitement devant à mon sens être choisi après des explications et des offres alternatives…

Si l’anxiété du personnage principal est un point central, l’histoire n’est pas uniquement focalisée là-dessus ! Il y a une disparition mystérieuse, des rencontres, des dialogues typique du style de l’auteur.

Un pan important est l’évolution psychologique de l’héroïne, qui comprend que sa maladie l’a rendue égoïste, trop focalisée sur elle-même. C’est inévitable et il aisé de compatir, mais je pense que l’auteur a voulu marquer le coup, exposer son propre vécu. La fin du roman offre un dernier message très clair, positif et résigné à la fois : la maladie ne disparaîtra jamais, mais elle n’est pas mortelle, la jeune fille (John Green) pourra vivre, seule ou en couple, avoir des enfants si elle le souhaite, avoir un travail, mener à bien des activités. Le trouble sera toujours là, toujours à combattre, mais il n’aura plus jamais, espérons, le dessus.

Aux Editions Gallimard pour la version française,  parution le 1 octobre 2017

352 pages – 21 € pour le format papier et 14,99 € pour le format numérique

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