Un jour je te mangerai – Géraldine Barbe

Il m’est impossible de noter ce livre, et j’ai ainsi choisi de ne pas le faire.
Il m’est également impossible d’en parler sans rien dévoiler de l’histoire, ce n’est pas vraiment divulgâcher, mais dans le doute ne lisez pas plus loin !

J’ai apprécié ma lecture, j’ai d’ailleurs lu ce livre en une journée, presque d’une seule traite. L’écriture est très forte, très présente, violente même. L’exposition d’un trouble psychologique grave et celle de l’impact de celui-ci sur l’entourage, en particulier et surtout sur la fratrie, est remarquablement bien traité. On ne peut qu’être partagé entre l’horreur ressentie face à la conduite proprement monstrueuse de cette jeune fille, Alexia, et la pitié face à un tel désarroi, une telle détresse, un cerveau si malmené et souffrant.
Et surtout, bien sûr, on ne peut qu’être dévoré de compassion pour la souffrance exquise de la jeune soeur, Chloé, qui a eu le malheur d’être née bonne, pleine d’empathie et de sympathie pour sa soeur – à défaut d’un autre mot, un mot scientifique désignant une maladie mentale – complètement folle.
Tout le long du livre, Alexia nous apparaît comme une bombe à retardement.
J’avoue avoir frémi tout du long pour Capuche, la chienne, persuadée qu’elle allait faire les frais de la violence terrible de cette enfant malade.
J’avoue également avoir essayé d’être compréhensive à l’égard des parents qui, peut-être, font de leur mieux. Après tout, il m’est arrivé d’être surprise en apprenant rétrospectivement certains affrontements au sein de la fratrie de mes enfants, maintenant tous majeurs et, ai-je toujours pensé, de très bonne entente.
Les parents sont d’un milieu socio-culturel favorisé (enseignants, d’après ce qui est sous-entendu) et aucun ne semble avoir fait l’effort de s’informer sur les symptômes présentés par leur fille. Le père, en colère, évoque une fois de l’envoyer voir un psychologue – alors qu’elle a déjà manifestement besoin d’être hospitalisée en service psychiatrique. Le reste du temps, il fuit. La mère, plus « patiente » (autruche ?) est compatissante, aimante, douce, tente le dialogue. Quand Alexia appelle sa soeur « petite merde » devant elle, la mère se contente de protester mollement : « Ne dis pas ça, ma chérie, ce n’est pas gentil ».
Personne ne semble se douter du calvaire que vit la jeune soeur de douze ans. Ses parents, en particulier, ne semblent pas imaginer un instant que la compagnie de l’aînée, au tempérament violent, volatil, paranoïaque, puisse être délétère voire dangereux pour une enfant de douze ans. Personne ne semble imaginer que derrière ce calme et cet apathie une souffrance inouïe, aussi forte que celle de la grande soeur si expansive dans la sienne, puisse exister.

Si j’ai apprécié ma lecture, malgré l’horreur de la situation, j’ai détesté la fin et de ce fait détesté ce roman. Je ne comprends même pas comment il a pu être édité tel quel. Comment peut-on présenter une histoire où le trouble psychiatrique d’une enfant de quinze ans est ainsi exposé et enfin révélé au grand jour, admis et donc en voie d’être soigné, à défaut d’être guéri, et présenter en parallèle le traumatisme terrible vécu par un autre enfant, victime d’un bourreau peut-être innocent, mais tortionnaire tout de même, sans montrer que ce deuxième enfant a tout autant besoin de soins urgents ? Prétendre qu’il suffit de quelques phrases d’une inconnue, d’une jeune fille de quinze ans, pour soigner cette douleur psychologique ? Prétendre que cette petite fille, ayant compris que sa soeur n’était pas méchante volontairement, qu’elle était malade, va guérir par miracle des sévices à répétition subis depuis sa naissance ?!
C’est presque criminel de prétendre une chose pareille. Je ne comprends pas qu’un texte aussi cru, aussi brutal, aussi impitoyable, puisse se terminer sur une note aussi invraisemblablement niaisement aveugle et optimiste.
Vraiment je ne comprends pas.

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